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Entract Films, Émile Dufresne
François et Julie sont ensemble depuis plusieurs années. Leur existence est paisible : deux enfants, des emplois épanouissants, une maison… De fait, sur papier, toutes les cases du bonheur sont cochées. Or, l’ennui règne. L’amour est toujours là, mais c’est désormais une forme de pilote automatique qui tient lieu de désir entre eux. Et si, de manière mutuellement consentie, ils allaient « voir ailleurs », tous les deux et chacun de son côté ? Dans l’irrésistiblement coquin Folichonneries, Eric K. Boulianne et Catherine Chabot sont mémorables en conjoints qui font sauter le carcan du couple traditionnel.
Coécrit, mis en scène (avec beaucoup d’inventivité), interprété et produit, largement de sa poche, par Eric K. Boulianne, le film explore avec acuité les parcours tantôt parallèles, tantôt communs, des deux personnages. À cet égard, François et Julie se voient impartis de courbes dramatiques aussi complexes qu’imprévisibles. On pense notamment à cette dépression que vit manifestement François, mais qu’il nie.
Il est en outre intéressant de noter, sans divulgâcher quoi que ce soit, qu’après avoir proposé cette nouvelle approche libertine, François se trouve bien embêté de constater que Julie, au départ récalcitrante, s’épanouit plus que lui.
Mais là encore, Eric K. Boulianne et son coscénariste, Alexandre Auger (Gagne ton ciel), évitent toute forme de moralisme, de facilité ou de développements convenus, parvenant à surprendre jusqu’à la fin.
Merveilleusement désinhibé
Cette capacité à déjouer les attentes tient entre autres à la décision d’alterner drôlerie et gravité, que ce soit au sein d’une même scène, où lors de passages tardifs faisant écho à des séquences antérieures. Potentiellement casse-gueule, le procédé fait merveille.
En effet, tous ces grands écarts entre l’humour, le drame, et les infinies nuances qui existent entre les deux, sont exécutés avec un naturel confondant. Il faut dire qu’Eric K. Boulianne et Catherine Chabot se « revirent sur un 10 cennes » avec une aisance remarquable.
À titre d’exemple, lors du prologue chez des amis qui leur vantent les bienfaits du couple ouvert, Boulianne et Chabot affichent un inconfort désopilant, et on rit aux éclats. En contraste, au troisième acte, on assiste à une « scène de la vie conjugale » aux allures de bilan, où sont exprimées de douloureuses, mais nécessaires vérités : Boulianne et Chabot sont alors poignants.
C’est cru, rentre-dedans (avec ou sans « strap-on »), et merveilleusement désinhibé. Rarement le terme « jouissif » aura-t-il été aussi approprié.
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