Miryam Charles - Photo Dominique Caron
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Un moment dans le temps : échos et traces d’une entrevue avec Miryam Charles

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entretien avec Pierre Audebert au Festival Vues du Québec en avril dernier.

Certains disent son cinéma cérébral, il est plutôt intuitif et éminemment sensoriel, habité. Normal que sa présence soit aussi radieuse et pourtant en toute simplicité, avec une parole sérieuse mais qui n’oublie jamais de rire d’elle-même. C’est avec cette force et cette douceur que Miryam Charles signe son premier long-métrage, Cette Maison, certainement l’un des plus beaux films de cette décennie. Sa sortie discrète en décembre dernier en France devrait lui amener de fervents adeptes après avoir brillé dans de grands festivals. Miryam ne s’en préoccupe pas – elle sait la rencontre avec chaque spectateur unique.

Au cours de ce beau moment de discussion où elle fut toujours gaie et passionnée de cinéma, on revient sur ses débuts, sa collaboration avec Olivier Godin (relire le bel article de Maude Trottier dans le journal des Cahiers, il y a de ça quelques années), ses méthodes de travail et sur la construction de Cette maison, film à habiter pour qui veut s’y abandonner, une œuvre qui vous trottera dans la tête tout en ravissant votre cœur à jamais.

Je me souviens de tout dans les détails, presque microscopiques…

 

 

Alors, j’ai vu que tu avais dit dans l’entrevue de la revue 24 images que ta carrière avait débuté par la recherche et la création de sons. Est- ce que tu peux revenir là- dessus, justement ?

Oui. En fait, je n’ai jamais pensé que je serais cinéaste, parce que j’ai commencé à la production et à la direction photo. Je pensais vraiment que j’allais faire une carrière double de productrice et opératrice de films un peu… je ne dirais pas de « champ gauche », mais en tout cas de films qui me rejoignaient dans la sensibilité. Et aussi dans la manière de chercher de nouvelles façons de structurer des histoires, voilà ce qui m’interpellait. Bref, je pensais vraiment que ma carrière était lancée dans cette direction là. Au niveau direction photo, j’ai travaillé avec Olivier Godin, mais aussi avec d’autres réalisateurs et réalisatrices. Or, je n’avais pas nécessairement assez confiance en moi. Je regardais des amis travailler sur les plateaux. J’ai occupé aussi beaucoup d’autres postes. J’ai fait de la cantine, j’ai été assistante de production, juste pour comprendre un peu les dynamiques de plateaux. Je me suis toujours dit qu’être réalisatrice ou réalisateur, ça demandait beaucoup de courage. Il faut quand même parler à beaucoup de gens. Je suis quand même quelqu’un de timide. Sur le plateau, tout le monde écoute la personne qui réalise et je me disais « Ça, ce n’est pas pour moi ». J’évite quand même d’avoir à parler en public ! En tant que directrice photo, tu discutes avec la réalisation, avec ton équipe à la caméra, mais c’est quand même très fermé. Donc pour moi, ça allait bien avec ma personnalité. Au niveau de l’écriture des scénarios, j’ai pris des cours de scénarisation à l’université et je trouvais ça très difficile parce que c’était très structuré.

La dramaturgie ?

La dramaturgie et tout ça. Même si je comprends le principe, ce n’est pas quelque chose qui vient naturellement chez moi. Je me disais « Ah ben ça, ça ne sera pas pour moi. » C’est vraiment avec le temps, avec le fait d’avoir travaillé beaucoup que j’ai fini par gagner en confiance. Puis quand j’ai commencé à penser à faire des films, le son m’est venu tout de suite. Déjà quand je faisais de la production pour d’autres réalisateurs, la partie conception sonore, le mix, c’était vraiment ce qui m’intéressait le plus dans le processus. « OK, oui, je peux faire ça», juste pour comprendre. Surtout dans les films d’Olivier Godin où le son est quand même très important et et il n’est pas nécessairement tout le temps collé à l’image. Ça, c’est quelque chose qui m’a toujours interpellé. Quand j’ai commencé à penser à mes films, je les pensais toujours de manière sonore. Par exemple, pour mon premier court-métrage Vole vole Tristesse (2015), j’avais déjà pensé au son d’Haïti, un pays que je visite souvent parce que j’ai beaucoup de famille là- bas. À chaque fois que je vais en Haïti, il est très rare que je prenne des photos ou des images. Par contre, même quand je voyage, j’ai tout le temps un enregistreur comme celui-ci (un zoom donc…) et je me promène, je me fais des balades sonores. J’enregistre des sons, puis après j’ai mon petit cahier où je note « telle ville, telle heure ». J’essaie alors de me souvenir de tels sons. J’ai comme un registre sonore, des archives sonores qui s’étalent sur des années. Quand j’ai commencé à faire des films, je suis allée puiser dans ces archives- là. Je bâtis. Là j’ai enregistré des sons à Florac, donc peut- être qu’un jour, il y a des sons de Florac qui vont ressortir ailleurs (rire).

>>> Lire l’entretien dans son intégralité

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