La tête à la Révolution

La tête à la Révolution : une jasette au festival du cinéma québécois et de la francophonie de Florac avec le cinéaste Acadien Phil Comeau

(entretien réalisé par Pierre Audebert)

 

En général, avant d’avoir croisé Phil Comeau dans un festival ou à moins de fréquenter assidûment les films vintages de l’ONF, rares sont les cinéphiles français familiarisés avec le cinéma acadien. Après nous avoir ému avec son Zachary Richard toujours batailleur voici deux ans, le festival 48 images seconde invitait cette fois son auteur et meilleur ambassadeur de la culture acadienne, à présenter deux autres de ses films à Florac pour accompagner un focus sur cette culture acadienne encore trop ignorée dans nos contrées. D’un côté, avec le grand classique, Le secret de Jérôme, LE long-métrage acadien de fiction qui a le plus voyagé dans le monde et ensuite avec son dernier né, le documentaire Vague d’Acadie, un tour d’horizon du meilleur de la scène musicale acadienne, doublée d’une analyse de sa réception enthousiaste dans le monde et notamment, chez les cousins québécois qui, comme pour le cinéma, soutiennent activement et financièrement l’émergence de cette autre voix francophone en Amérique du Nord.

Un vrai événement qui valait bien un grand entretien pour revenir sur 40 ans de carrière et évoquer d’autres œuvres qui ont jalonné son parcours et qui heureusement circulent via internet et presque autant d’années sur les routes par terre ou par mer, pour porter la nouvelle ici et ailleurs : la culture acadienne n’a jamais été aussi vivante qu’aujourd’hui. Elle n’est pas qu’une culture de résistance mais un bouillonnement plutôt divers et qui se répand généreusement en tintamarres audiovisuels rafraîchissants. Mais avant de vous y plonger, un peu d’Histoire avec ce conteur passionnant qu’est Phil Comeau et qui donnerait au plus franchouillard d’entre nous une furieuse envie d’émigrer vers ces communautés francophones. Avis aux aventuriers !

 

En quelques mots ça signifie quoi d’être acadien aujourd’hui ?

Les acadiens sont un peuple francophone originaire de France venus en Amérique il y a quatre cents ans et qui ont installé une colonie sur la côte Est du Canada. C’est encore là qu’ils vivent aujourd’hui. En 1755, soit 150 ans après leur arrivée, les britanniques ont déporté les acadiens d’où aujourd’hui une diaspora à travers le monde, avec des communautés acadiennes un peu partout de chaque côté de l’Atlantique. Il y a aujourd’hui des personnes dont les ancêtres se sont réinstallés sur les anciennes terres acadiennes, c’est à dire dans les trois provinces de l’Atlantique que sont la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’île-du-Prince-Édouard. Nous sommes une minorité car la langue anglaise a occupé le terrain de façon majoritaire. Mais nous sommes très créatifs donc il y a beaucoup de musique, cinéma, théâtre, de littérature…

On dit souvent de toi que tu es le seul réalisateur acadien en activité. Si on fait néanmoins débuter l’histoire du cinéma acadien aux Acadiens de la dispersion de Leonard Forest en 1968 pour l’ONF, qui ou quels films t’ont convaincu que le cinéma était le meilleur moyen de transmettre et de défendre l’histoire et la culture acadienne ?

Pour commencer, je ne suis pas le seul cinéaste, on est environ 25. Même si je fais beaucoup de films, il y a d’autres réalisateurs et réalisatrices en Acadie. En ce qui concerne Léonard Forest, il a été le premier cinéaste acadien et travaillait pour l’Office National du Film du Canada à l’époque où on engageait des réalisateurs. Il a fait plusieurs films dans sa vie mais seulement cinq films acadiens. Son film qui m’a le plus marqué, c’est Les aboiteaux (1955) Les aboiteaux, c’est comme des digues. C’est un système de récupération de marées dans la mer pour créer des zones agricoles, ce que les acadiens pratiquaient beaucoup car quand les français sont arrivés en Acadie, ils étaient surtout paysans et ils ont installé des fermes. Dans ce film, on restaure un aboiteau vieux de quatre siècles. Et là je me suis dit : « Mon Dieu, on a une connexion française intéressante sur ce sujet. On a donc des choses à dire en Acadie ! » C’est comme ça que j’ai commencé tout jeune, en jouant avec une caméra 8mm. Mon père faisait des films de famille et me l’a donnée quand j’avais treize ans. Je n’ai jamais arrêté depuis ! À 18 ans, j’ai étudié l’art dramatique à l’université de Moncton au moment où l’ONF venait d’ouvrir un bureau régional. C’est là, au Nouveau-Brunswick, que j’ai commencé à tourner mes premiers films professionnels.

Ce seront donc La cabane en 1977 et Les gossipeuses l’année suivante qui sont deux œuvres générationnelles au parfum culte. Comment ont elles été perçues à l’époque par le public acadien et quelles étaient les moyens et les structures de diffusion ?

Ces deux films avec l’ONF étaient des fictions car à ce moment là et durant une période de sept ou huit ans, l’ONF produisait aussi de la fiction, même si on les connaît plutôt pour le documentaire ou l’animation. J’étais jeune, je n’avais que 19 ans et je ne maîtrisais pas encore le métier. Ils étaient par contre écrits par un adolescent révolté par les générations précédentes et qui avait besoin de dire des choses. La cabane raconte l’histoire d’un groupe de jeunes qui vont s’isoler dans la forêt pour y mener une vie commune. Il faut dire que là on parle des années 70 où un bon nombre d’entre nous ont vécu en collectivité dans des communes. Les gossipeuses, c’était plutôt une comédie assortie de critique sociale sur le commérage dans des petites communautés ou des même à l’échelle des villes, ce qui est bien souvent nuisible pour la bonne entente entre les gens. Ici un jeune couple parti travailler dans l’Ouest canadien, arrive dans le village et vit sous le même toit sans pour autant être marié. Ça n’était pas acceptable dans les années 70 et moi je trouvais ça ridicule. Quelle était la différence ? Un morceau de papier signé à l’église ? Ça c’est le point de départ mais il y a ensuite toute une intrigue – que je ne révélerai pas parce que le film est en ligne sur la chaîne You Tube de l’ONF ! Le film est tourné dans un accent acadien populaire issu de la Nouvelle-Écosse et donc différent du Nouveau-Brunswick. Il faut bien cinq minutes ( aux acadiens…) pour s’y habituer car il y a beaucoup d’anciens mots français. En Acadie, la majorité de notre parler date du 17ème siècle et c’était le parler du Poitou dont sont originaires la plupart de nos ancêtres. L’Académie française ne s’étant pas rendue en Acadie, notre façon de parler est restée celle des anciens poitevins. Les gossipeuses a été distribué de façon communautaire. Je me suis promené avec d’un bout à l’autre de l’Acadie dans des salles paroissiales, des sous-sols d’églises, dans des théâtres quand il y en avait dans certaines villes ou villages. Bien sûr, il y avait des animations et c’était suivi d’une fête dans chaque village. Donc c’était une tournée très épuisante parce qu’on faisait la fête tous les soirs mais heureusement j’étais jeune ! Voilà comment ces films ont été distribués alors qu’aujourd’hui quand on fait des films, ils partent dans des cinémas, ce qui est quand même plus simple.

Les gossipeuses (Phil Comeau, 1978)
Tant qu’il en reste… mais ça c’est un autre problème ! Dans La cabane, on retrouve ce logis à la fois synonyme d’émancipation des nouvelles générations, mais aussi la proximité avec le milieu maritime, un très beau plan de phare dans la brume qui donne son thème à l’affiche du festival 48 images seconde. On trouve enfin ce renouveau de la culture à travers la musique folk… Dans la réalité, est-ce que ça a été aussi difficile pour la musique acadienne de faire sa place face aux anglophones, si on songe au contexte international de retour aux sources par la musique folk, que ce soient la Blue grass et la Country aux États-Unis, chez les cajuns, au Québec ou même en France ? Est-ce qu’il y avait autant de conflits ?

Et bien il y a toujours eu des conflits entre les francophones et les anglophones en Acadie puisqu’évidemment, ils y sont majoritaires. Alors ils veulent toujours nous dire quoi faire, quoi penser et comment agir, ce qui fait qu’on doit résister constamment contre ceux qu’il faut bien appeler les occupants et qui se croient toujours les maîtres de l’endroit. Il faut bien se battre contre cela. La musique francophone a toujours existé en Acadie grâce aux chants folkloriques français transmis de génération en génération. La musique du Québec ne se rendait pas encore jusqu’en Acadie ou très peu, donc on écoutait de la musique américaine. C’est que l’Acadie se trouvant sur la frontière américaine, leurs radios étaient généralement plus puissantes que celles du Québec. ( rire ) Donc dans les années 70, les jeunes voulaient du nouveau et jouer eux aussi dans tous les styles de musique entendus à la radio ces années là et ce, jusqu’à aujourd’hui. Il y a donc dès ces années là, un début de mouvement pour faire nos propres compositions en français sur tous types de musiques et s’imposer à la fin des années 70 et dans les années 80. Notre force à l’époque, c’est d’abord le traditionnel alors qu’aujourd’hui c’est diversifié. Quand Radio Canada qui est un réseau national de radio et de télévision s’est finalement rendu en Acadie, on s’est mis à entendre plus de musiques francophones… J’ai tourné La cabane dans une région très riche en Bluegrass un style musical inventé aux États-Unis mais qui nous rejoint pourtant parce que c’est très campagnard, décontracté, confortable. Une musique qui comme la Country, fonctionne très bien en milieu rural. Les textes ne sont le plus souvent pas très profonds et même au premier degré pour ce qui est des relations interpersonnelles, mais ça touche énormément de gens. Ensuite, à peu près tous les styles se sont développés. Donc oui je voulais parler de ces réalités dans ce film mais aussi montrer une jeunesse qui ne voulait plus suivre la génération d’avant en ce qui concernait la religion ou les mœurs anciennes qui allaient à l’encontre de nos valeurs. Moi j’étais un adolescent rebelle avec des cheveux presque jusqu’aux genoux. Donc ça se reflète un peu dans ces deux films. Ensuite, j’ai pris un peu de recul pour rire de cette situation. Il est vrai que Les gossipeuses est aujourd’hui un film culte projeté dans les universités de Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick où à la manière du Rocky horror picture show, les étudiants enlève le son pour répéter les dialogues. Je trouve ça vraiment amusant. On m’y invite souvent, même si je ne veux pas y aller parce que je trouve que ça leur appartient.

Parmi les thèmes de ta génération, le féminisme. Malgré la chanson qui dit « Point de femelles pour me secouer le cigare », la place des femmes est importante dans tes films, que ce soient les compagnes de la Cabane, Les gossipeuses, l’héroïne du Secret de Jérôme, ton film de fiction le plus célèbre et le plus primé dans les festivals du monde entier ou encore de ton feuilleton anglophone Emily of the new moon… Comment expliques-tu cette place importante des femmes dans ton cinéma ?

L’Acadie est une société matriarcale. Quand j’étais jeune, tous les homme s’en allaient à la pêche pour la journée ou pour la semaine selon si c’étaient ou non des bateaux hauturiers, ou alors en forêt pour la chasse ou pour bûcheronner, donc c’étaient les femmes qui géraient le village et la communauté. Les femmes sont très importantes, d’ailleurs on le voit de plus en plus aujourd’hui dans le combat pour la parité et l’égalité des plus hauts salaires au Canada. Elles ont beaucoup plus d’instinct et font généralement de meilleurs politiciens car elles négocient mieux que les hommes. Moi je suis entièrement pour ça ! J’aime beaucoup travailler avec des femmes car il y a de très bonnes comédiennes. Elles ont aussi plus d’opportunités de jouer donc d’améliorer leur jeu plus vite que les hommes. Maintenant, avec les cours d’art dramatique de l’université de Moncton, il y a des bons comédiens dans les deux sexes. Alors je ne sais pas pourquoi, question de sensibilité ? Elles ont une intuition, elles amènent quelque chose de plus que moi je ne suis pas capable d’écrire dans mes scénarios. Enfin, je crois que ce qui les fait vibrer me touche plus que ce qui fait vibrer les hommes. Et si mon film s’appelle Le secret de Jérôme, c’est d’abord l’histoire d’une femme qui s’émancipe dans une société très religieuse qui prônait que chaque femme fasse douze enfants puisque l’action se passe en 1863, soit quatre ans avant la naissance de la confédération canadienne. On exigeait d’elles qu’elles deviennent des usines au lieu d’utiliser leurs talents à faire autre chose, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où on préfère encourager l’immigration française en Acadie. Le film raconte comment elle a repris le contrôle de sa vie mais je ne révélerai pas les secrets de l’intrigue. ( rire ) En tout cas il fonctionne encore, d’ailleurs il y a deux ans, Elephant ( structure dédiée à la préservation du patrimoine québécois ) a redigitalisé le film tourné à l’origine en 35mm, pour l’inclure à la collection des 200 meilleurs films canadiens français. J’en suis fier car c’est le premier film acadien qui « fait la liste » comme on dit. Alors qu’il a été tourné il y a vingt ans, il est en train de revivre. C’était quand même le premier long-métrage acadien de fiction, donc une date dans l’Histoire ! Je suis content qu’on le trouve encore « potable » ! (rire)

Les gossipeuses (Phil Comeau, 1978)
Ton film jeune public Le tapis de Grand-pré comme plus tard Le secret de Jérôme, montre que la société acadienne reste très religieuse. Comment les acadiens ont-ils perçu la Révolution Tranquille québécoise et quelle est aujourd’hui la place de la religion dans le quotidien des acadiens ?

Au même moment que se déroulait au Québec la Révolution Tranquille, nous avons réussi à faire élire en 1960 un premier ministre acadien qui s’appelait Louis Robichaud et qui est resté au pouvoir pendant dix ans. Il a changé beaucoup de choses au Nouveau-Brunswick en ce qui concerne l’égalité des deux peuples. Il a créé le programme « Chances égales pour tous » qui posait les bases du bilinguisme dans la province. Aujourd’hui, c’est toujours la seule province officiellement bilingue du Canada. Il a également fondé l’université et l’hôpital francophone à Moncton, créé le réseau scolaire acadien indépendant du réseau anglophone. D’ailleurs, quand il a fondé son cabinet la première année, six ministres sur douze étaient acadiens bien que nous ne représentions pas la moitié de la population. Il a fait sa propre révolution. C’est aussi un ancien membre de l’Ordre de Jacques Cartier, une sorte de réseau underground à travers le Canada français y compris le Québec, pour aider les francophones à prendre leur place. Il a opéré pendant quarante ans de 1929 à 1965 et a été dissous lorsque les médias ont eu vent de l’information. Ça ressemblait un peu au mouvement anglophone des Orangistes mais pour faire avancer les droits des francophones. En tout cas, c’est grâce aux membres de l’Ordre de Jacques Cartier qu’il a pu accéder au pouvoir en Acadie et ses six ministres en étaient également issus. En fait, ça vient juste d’être découvert car les archives viennent d’être libérées à Ottawa. Mais bon, la révolution des années 60, ça n’était pas non plus juste en Acadie et au Québec…

Mais y a-t-il comme en France aujourd’hui un renouveau de la religion catholique ?

Non, les églises brûlent mais les gens ne pleurent pas trop ! Non vraiment… (éclate de rire)

Revenons à la musique avec ton dernier film Vague d’Acadie où on voit un grand nombre de formations…

Dans le film, il y a environ quinze artistes solos et cinq groupes alors qu’il existe des milliers de musiciens en Acadie. J’ai choisi d’explorer tous les genres avec des artistes qui avaient sorti un album durant les deux dernières années, donc actuels. Je voulais aussi des compositeurs et qui écrivent leurs propres textes – ce qui exclut la musique classique puisqu’ on en a aussi – donc voilà la base du projet. Mais le but était aussi de montrer que la nouvelle génération explose depuis dix ans sur le marché international, en France, en Belgique, en Suisse un peu partout d’un bout à l’autre du Canada et bien sûr au Québec. Maintenant à Montréal, il y a environ une cinquantaine d’artistes acadiens connus des québécois alors qu’il y a trente ans, on les comptait sur les doigts d’une main. J’ai choisi certains parmi les plus connus en France comme Roch Voisine à cause de sa chanson Hélène mais aussi dans la jeune génération : Lisa Leblanc, les Hay Babies, les Hôtesses d’Hilaire… Même Joseph Edgar – ici l’animateur du film – fait souvent des tournées en France. Et puis je voulais chercher pourquoi, pourquoi soudainement il y a une explosion de musiciens qui marchent internationalement ? Et comment ils avancent ? Quels sont leurs défis ? Par exemple, on sait que les albums se vendent moins. Avec Spotify, on peut écouter de la musique n’importe où dans le monde, ce qui rend la compétition plus forte mais d’un autre côté tu as accès à toute la musique que tu veux. Malheureusement les musiciens ne gagnent pas encore beaucoup d’argent avec ce système là, mais peut-être que ça va changer. Je sais qu’en Europe, de grosses démarches sont en cours pour les faire mieux rémunérer. Et surtout, Vague d’Acadie est un voyage au milieu de tous ces gens qui ont des choses à dire à travers leurs textes. Et comme l’Acadie ce ne sont pas uniquement des villes, c’est aussi beaucoup la campagne, donc des gens qui utilisent beaucoup internet et entendent énormément de musique, sont influencés par tous les courants mondiaux et jouent leur musique à toutes sortes de sauces. Ça les rend un peu avant-gardistes à plusieurs niveaux et sur différents types de musique. Autre exemple, le rap. D’habitude, c’est chanté par des urbains et en anglais, notamment par toutes les minorités américaines, les noirs et autres. Et bien un groupe comme Radio radio le chante en Chiac. Le Chiac est de l’Acadien mélangé avec quelques mots d’anglais. Ça crée une autre sonorité et ils passent leur message de cette manière et ça fonctionne. C’est incroyable que l’acadien marche aussi pour le rap ! Ça vient aussi du fait que ce sont des poèmes militants et quand tu fais partie d’une minorité, tu es beaucoup plus apte à comprendre quels sont les défis de société, le manque de droits etc. On a plus la tête à la révolution.

Joseph Edgar dans Vague d’Acadie de (Phil Comeau (2018)
Puisqu’on parle des minorités, l’histoire acadienne est assez différente de l’histoire québécoise pour ce qui est des rapports avec les indiens. On en avait eu un aperçu dans ton film présenté il y a deux ans Zachary Richard toujours batailleur où il était question d’alliances avec les Mi’kmaq…

Oui, les Mi’kmaq étaient les autochtones majoritaires dans les provinces maritimes quand les français sont arrivés pour installer la colonie de l’Acadie. Il y avait une autre tribu qui s’appelait les Malécites. Il y avait donc deux cultures et aucune guerre entre ces deux là. Donc quand les français sont arrivés, ils sont devenus des alliés. Il y a eu des mariages et beaucoup d’acadiens ont du sang autochtone, des yeux foncés et bridés, la peau un peu plus mate. Donc c’était la paix alors qu’au Québec les tribus étaient en guerre entre elles. Quand les français sont arrivés au Québec, ils ont pris les Algonquins comme alliés mais comme ces autochtones avaient déjà un ennemi, les Iroquois avec notamment les Mohawks et d’autres tribus, ils se sont retrouvés dans une situation plus difficile. Et comme les anglais sont arrivés des années plus tard, ils se sont alliés avec les ennemis des alliés des français. De ce fait, la question des autochtones au Québec suit une autre dynamique. Autre chose, quand les français sont arrivés en Acadie, c’étaient surtout des fermiers et les autochtones, des chasseurs et des pêcheurs, donc personne ne volait la terre de qui que ce soit. Les Mi’kmaq étaient un peu nomades, ils s’en allaient chasser dans les terres l’hiver et revenaient sur la côte en été pour la pêche. Donc les agriculteurs ne les dérangeaient pas. Donc ces deux cultures se sont bien entendues. Après la déportation, les britanniques ont pris le contrôle de l’Amérique du Nord et ont installé les autochtones sur des réserves et on voit les problèmes que cela cause aujourd’hui.

On sait que les acadiens étaient une population modeste. Ils sont arrivés sans rien. Ils ont du s’adapter à des conditions pas tellement plus clémentes qu’au Québec. Comment ces deux populations marginalisées par les gouvernements anglophones, puis avec l’arrivée du capitalisme, les Mi’kmaq et les Acadiens, ont-ils résisté au rouleau compresseur libéral ? Et est-ce qu’aujourd’hui on retrouve les mêmes schémas d’exclusion par rapport aux élites anglophones ?

Aujourd’hui, la situation des autochtones est pire que celle des Acadiens parce que les réserves où on les a placés sont sur des terres pas très prospères. Ils sont isolés, ont peu de ressources. Il les ont obligés à apprendre l’anglais dans les écoles, ce qui rend le lien avec les Acadiens plus difficile même si la majorité des Acadiens est aujourd’hui bilingue. En tout cas, ce lien ancestral s’est distendu. Le gouvernement anglais s’est aussi assuré que ces réserves ne soient pas proches des communautés acadiennes. Géographiquement, il y a peu d’échanges. Voilà quelle a été la politique gouvernementale depuis la déportation parce que notre union était un danger potentiel puisque nous étions tous deux mécontents du vol de nos terres. On a tenté des rapprochements récemment des deux côtés. L’été dernier, les Mi’kmaq ont organisé un festival biculturel de trois jours, mais qui utilisait l’anglais puisque les Mi’kmaq ne parlent pas le français et presque plus leur langue d’origine. Donc on organise des manifestations pour essayer aussi de trouver des liens culturels autres que la langue. Il faut quand même préciser que dans la langue acadienne, on trouve plus de cinq cents mots micmacs que nous utilisons couramment et de leur côté on trouve à peu près mille mots français dans leur langue. Mais aujourd’hui ce sont surtout des mots anglais donc ça reste assez intéressant à analyser.

Tu as dit qu’il y avait plus de réalisateurs. Est-ce qu’il y a aujourd’hui des structures de production acadiennes qui se sont montées ? On pourra voir à Florac le court-métrage d’une jeune réalisatrice. Comment ça se passe pour les jeunes qui veulent faire du cinéma ? Est-ce qu’ils ont des financements ?

D’abord, le cinéma est enseigné. Il y a aussi beaucoup d’acadiens qui rejoignent l’INIS à Montréal, une école très réputée. D’autres apprennent sur le tas en réalisant leurs propres films avec des I-phones. Les jeunes d’aujourd’hui sont très chanceux car ils ont des outils qui ne coûtent rien. Ensuite, il y a toujours l’ONF qui organise des concours chaque année pour encourager les jeunes à soumettre des projets. Ils en sélectionnent deux ou quatre qui vont réaliser leur nouveau film, souvent leur premier avec une équipe professionnelle. Après on n’est pas si nombreux que ça. 25, c’est pas énorme comparé aux 600 réalisatrices et réalisateurs du Québec, mais on travaille fort. On essaie de faire des films qui voyagent et on y réussit assez bien.

Au mitan des îles (Phil Comeau, 1991)
Ils voyagent notamment par mer, cette mer qui dans la culture acadienne est à la fois la survie et le danger, celle qui a permis la déportation. Toujours tu magnifies cette côte acadienne dans de très beaux panoramiques dans lesquels on sent ton plaisir à filmer ces paysages qui te tiennent à cœur, que ce soit dans Le secret de Jérôme ou dans le très beau court métrage Au mitan des îles qui lui nous raconte la pêche au homard et la vie d’habitants qui investissent des maisons sur des îles à l’époque des grandes marées pour pratiquer une pêche de façon assez artisanale mais lucrative quoique risquée…

En fait, ils vont sur les îles parce que ça leur permet d’économiser le carburant. Comme elles sont à une heure de la côte, ils n’ont pas à faire le trajet tous les jours. Et autour des îles il y a ce qu’on appelle des battures de homards, et il y en a beaucoup car les îles sont situées en plein milieu ! De génération en génération, les pêcheurs se sont aménagés des cabanes où les hommes vont vivre – ou les femmes pêcheurs car il y en a aujourd’hui. En fin de semaine, ils rentrent dans leurs foyers et rejoignent femmes et enfants. Ça c’est hiver. Le film est tourné dans la Baie de Fundy ou anciennement la Baie Française. Comme à St Malo, ce sont des grandes marées. C’est très bon pour le homard parce que c’est de l’eau froide et ça se remplit deux fois par jour. C’est aussi moins problématique pour s’y rendre en bateau, car avec les marées tu perds une demi-heure chaque jour, l’heure change constamment et elles rendent aussi les déplacements entre les îles et la côte plus complexes. Donc c’est un mode de vie super intéressant et qui dure encore. Ils n’y ont pas la télévision ce qui fait qu’ils y vivent un peu comme dans l’ancien temps, avec les jasettes entre hommes le soir. Chaque cabane contient en général trois à quatre pêcheurs – mais on en trouve même une de huit – qui a sa cuisinière, la mère ou l’épouse de l’un d’entre eux qui n’a pas d’enfants sur la côte. Et pourquoi en hiver ? Parce qu’à cause des marées, ça ne gèle jamais l’hiver contrairement au golfe du st Laurent où on ne peut pas pêcher. C’est sûr que c’est quand même extrêmement difficile car les vents sont froids, mais au moins ils contrôlent le marché puisqu’ils sont les seuls au Canada à pouvoir pêcher le homard à cette saison.

Et aujourd’hui, avec ce que l’on sait du réchauffement climatique ou de la pollution des océans, est-ce que les activités de pêche restent aussi importantes que par le passé ? Qu’est-ce qui change ?

Ça continue. C’est sûr que si ce qui a été prévu arrive, les homards vont peut-être déménager et remonter au Nord, auquel cas ce serait négatif pour les acadiens et positifs pour les pêcheurs québécois de la Côte Nord par exemple. Ça ce sont les prédictions. Après on souhaite toujours que les politiciens comme Trump réalisent qu’il y a un vrai danger de réchauffement puisqu’il n’a pas l’air de croire les scientifiques. Mais pour le moment c’est encore une grosse industrie. L’ironie, c’est qu’au moment de la déportation, les acadiens possédaient les meilleures terres et on les a installés sur des terres rocailleuses et assez pauvres. Ils se sont tournés vers la pêche et font plus d’argent que les fermiers aujourd’hui. C’est une sorte de revanche économique sur l’Histoire. Après, il y a toutes sortes de métiers parmi les Acadiens avec notamment beaucoup plus d’intellectuels qu’à l’époque. Nous ne sommes que la deuxième génération éduquée car avant nous, seuls les prêtres possédaient le savoir. La dynamique est très différente avec celle de ma jeunesse.

Dans Le secret de Jérôme, on voit bien encore comment cette population reste sous influence de l’église. Il y a une sobriété qui m’a frappé : le cadre, le décor des maisons, du village qui tranche notamment avec le feuilleton que tu as réalisé en langue anglaise Emily of the new moon, dont je ne sais exactement où l’histoire se déroulait…

Sur l’île-du-Prince-Edouard. C’est une série adaptée de l’auteur d’ Anne, la maison aux pignons verts de Lucy Montgomery. Emily de la nouvelle lune a aussi été traduite en plusieurs langues. C’est à nouveau l’histoire d’une orpheline mais plus révoltée.

Qu’est-ce qui fait qu’au final la production d’Emily paraît plus importante que celle du Secret de Jérôme ? Je pense aux décors, accessoires, costumes qui suggèrent un travail historique plus approfondi…

C’est la réalité canadienne ! Si tu tournes en anglais, tu as souvent deux à trois fois plus de budget. Donc tout est magnifique, on a plus de moyens donc on tourne plus lentement alors que quand on tourne en Acadie ou au Québec on a moins d’argent, donc il faut plus d’imagination. Ceci dit, c’est un atout parce qu’au final, on gagne presque tous les prix dans les festivals étrangers et même au Canada. Le cinéma Québécois dame le pion aux anglais à presque toutes les compétitions ! Donc il faut trouver une façon ingénieuse de raconter des histoires.

Émilie de la nouvelle lune (Phil Comeau, 1998)
Dans Le secret de Jérôme est évoquée une autre minorité opprimée à travers l’exil du mari de l’héroïne : les Corses. Il y a cette métaphore d’un trésor enterré dans la grotte comme une identité Acadiene qu’il doit mettre à nu.

Oui. On dit que des pirates auraient laissé leur butin. Il est convaincu que s’il le trouve, il pourra retourner en Corse. Étranger au village, il n’est pas accepté par la population et par leurs dirigeants représentés par les propriétaires du magasin. L’argent et la religion étaient souvent très liés, ça l’est encore malheureusement. De plus, en terre catholique, il fallait absolument faire des enfants et comme ils sont un couple stérile, c’est leur gros problème.

Mais c’est dû uniquement à la religion ou chez les Acadiens, il y a avait une nécessité de procréer pour assurer la survie et la croissance de votre minorité ?

Je ne sais pas si les Acadiens en étaient conscients, ils faisaient facilement dix ou douze enfants par famille. Par contre je suis sûr que la religion voulait plus de catholiques. Le curé passait de maison en maison et faisait la morale à toute femme qui n’avait pas eu d’enfant depuis plus d’un an, évidemment pour avoir plus d’ouailles. La langue venait avec, mis à part pour les irlandais comme ce curé qui baragouine le français. Le film est inspiré d’une histoire vraie, j’ai d’ailleurs fait toutes les recherches autour. Donc c’est la religion qui décidait, la preuve étant qu’aujourd’hui on ne fait pas plus d’enfants alors qu’ on est beaucoup plus conscients d’être menacés comme minorité qu’ils l’étaient eux à leur époque où chaque communauté acadienne vivait dans son petit monde, chacun dans sa région, avec des villages anglais au milieu. De nos jours, on est au courant de tout avec les médias. C’est donc aujourd’hui qu’il faudrait plus d’enfants, mais on ne peut exiger ça de personne. Certaines femmes veulent faire autre chose, faire carrière. La seconde dynamique à l’œuvre, c’est qu’au Canada on accepte beaucoup d’immigrants parce qu’on est quand même un pays immense où il y a la place pour plein de gens. On est ouverts à toutes sortes de cultures. Mais mis à part les français, les suisses, les belges et certains africains, le problème c’est qu’ils vont apprendre l’anglais et augmentent la population anglophone. Voilà la réalité en Acadie au Québec et dans le reste du Canada.

Dans Le secret de Jérôme, on retrouve aussi Rémy Girard, célèbre comédien québécois. Est-ce que ça venait d’une envie de tourner avec lui ou est-ce à cause des nécessités de la coproduction ?

L’histoire se passe à la même époque que le Mouvement des Patriotes au Québec qui s’élevait contre la non-démocratie des britanniques. Beaucoup on été arrêtés et certains ont fui aux États-Unis ou pour plusieurs d’entre eux en Acadie, pour disparaître de la circulation. Beaucoup appartenaient à la haute société québécoise. Dans son cas, c’est un médecin. Je me suis inspiré de ce fait divers donc il joue son rôle et un rôle particulier dans l’intrigue et qu’on ne découvre qu’à la toute fin.

Tu aurais pu ceci dit faire jouer un Québécois par un Acadien ?

Je préfère ne pas le faire à cause de la langue, de l’accent, du parler et pour que même la façon d’agir soit authentique. La seule tricherie du film, c’est Germain Houde, comédien québécois qui joue avec l’accent corse. Un mois avant le début du tournage, il a passé toutes ses journées avec des membres de l’association corse de Montréal pour apprendre leur langue. Bon, je n’ai jamais présenté le film en Corse. Peut-être que là ils me diraient qu’on ne l’a qu’à 75 % l’accent, mais pour nous en Amérique, ça sonne comme du Corse. Et puis à l’époque on n’avait pas les moyens d’engager Robin Aubert qui est d’origine Corse et aurait été parfait pour le rôle, je l’avais d’ailleurs contacté. Mais Germain est assez bon avec les accents et ce n’était pas sa première expérience à ce sujet. C’est que pour les accents, certains comédiens sont capables et d’autres pas. Par exemple Meryl Streep a presque toujours un accent différent dans tous ses films et c’est assez fabuleux comme par exemple dans Le choix de Sophie. Germain a ça : on a causé pendant deux heures et tout de suite après il s’est mis à m’imiter en acadien et là j’ai compris qu’il avait une bonne oreille. L’autochtone était jouée par une québécoise à moitié autochtone. Elle n’a que trois lignes de dialogues dans le scénario et les a apprises en algonquin. Par contre tous les acadiens sont joués par des acadiens.

Phil Comeau en plein tintamarre, festival 48 images seconde de Florac, avril 2019
Pour conclure, quel regard portes-tu sur le cinéma québécois, sur ce qu’on nomme Renouveau ou sur les toutes dernières productions ? Sur l’évolution du documentaire peut-être puisque tu as toi même réalisé il me semble un peu plus de documentaires que de fictions…

50-50, car il y a aussi beaucoup de fiction dans les séries. Une cinquantaine de chaque environ. Quand j’en ai assez des comédiens qui jouent les divas j’ai envie d’aller faire du doc et quand je m’ennuie des acteurs, je reviens à la fiction. Mais ce qui me plaît dans le documentaire, c’est de tourner avec du vrai monde. Tu ne sais jamais ce que tu vas avoir quand tu pars tourner. Tu as bien un plan de tournage mais quand tu reviens le soir, tu regardes et tu constates que tu as ça de plus ou… ça de moins. Tu racontes ton histoire au fur et à mesure, donc c’est un autre fonctionnement. En fiction, tu as ton scénario à l’avance et c’est au montage que tu vas choisir les meilleures prises. Ça se limite à ça, quoi que tu puisses permettre aux comédiens une part d’improvisation. Mais il y a beaucoup moins d’expérimentation alors que parfois en documentaire, tu as le soleil à la bonne place, le paysage à couper le souffle… L’environnement est spécial et crée une certaine ambiance. Mais j’aime les deux formes ! Pour le Québec, j’adore Denys Arcand, Jean Beaudin qui travaille beaucoup moins mais a fait de très bons films auparavant. J’aime aussi les jeunes réalisateurs dont ceux qui travaillent aux États-Unis : Denis Villeneuve, Jean-Marc Vallée, Philippe Falardeau qui m’impressionnent assez. Évidemment Dolan, la coqueluche de la France et dont les films fonctionnent beaucoup à l’international. À chaque fois, c’est fascinant ce qu’il arrive à faire. Il y a énormément de cinéastes talentueux au Québec et ils inspirent les cinéastes acadiens. Heureusement qu’ils sont à côté de chez nous, parce que la France est beaucoup trop éloignée pour s’en inspirer. On est contents d’être voisins !

Belle-île en mer se déroulait en France. Il y avait au cœur du film un tintamarre qui est une tradition acadienne qu’on retrouve à Florac cette année…

Oui, ça fait fureur en France maintenant. Il y en a en Normandie, en Bretagne ou dans le Poitou. Ici c’est nouveau et la première année en général ce n’est pas un très gros succès ( en réalité, ça aura été un vrai succès ! ). Si les gens aiment ça, peut-être y en aura-t-il d’autres… C’est toujours plaisant car c’est une manifestation sans cause, juste parce qu’on est heureux d’être vivants, pour dire que la vie est belle et pour ça, on fait le plus de bruit possible avec des casseroles. Ça fait descendre les gens dans la rue mais sans avoir à se battre. Donc ce sont autant les enfants que les adultes qui aiment ça ! Sinon Belle-île en mer m’a donné l’envie de faire un long-métrage sur les relations entre l’Acadie et la France parce qu’on a de très bonnes relations. En 1967, de Gaulle avait été à Montréal pour crier « Vive le Québec libre » ce qui avait causé des frictions avec le gouvernement fédéral. Mais l’année suivante , il a invité quatre délégués Acadiens aux Champs-Élysées et a mis en place un système de bourse pour que les acadiens puissent venir étudier en France ou le contraire. Il a aidé financièrement pour approvisionner l’île en ouvrages francophones. Je me souviens quand on était jeunes, on était super contents. Ils ont aussi aidé les journaux francophones et ça ça continué depuis cinquante et un ans. À Moncton, qui n’est même pas une province mais un regroupement de trois provinces, il y a même un consulat français qui n’existe nulle part ailleurs puisque les consulats n’existent que pour les pays. Ce que je voudrais raconter aussi dans ce film documentaire, c’est qu’à cause de la déportation, cinq mille Acadiens déportés en Angleterre ont atterri en France et se sont fixés en Bretagne et dans le Poitou. Comme à Belle île, je m’en vais explorer ça parce qu’il y a plein d’associations acadiennes en France, à Nantes, St Malo… Je vais donc questionner avec ironie leurs liens à l’Acadie. Vu qu’ils étaient français à la base mais qu’ils se revendiquent Acadiens, ça veut dire que ça a marqué leurs ancêtres. Donc qu’est-ce qui fait qu’on s’attache à une culture et de quelle façon ça change ta vie ? L’animatrice sera Marie-Jo Thério qui soit dit en passant est mariée avec un parisien et possède la double nationalité et est très connue en France de par ses nombreuses tournées…

et qu’on voit et qu’on peut entendre dans Vague d’Acadie d’ailleurs !

C’est ça, c’est une des musiciennes qui a emmené la musique moderne en Acadie, une des pionnières !

Entretien réalisé par Pierre Audebert. Merci au festival 48 images seconde (Guillaume Sapin et Lorianne Dufour) – Florac, avril 2019

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